Récits et photos de balades à moto


BMW R1200 R

 

Dernière mise à jour
12/10/2017

 

 

CORSE   

   AVRIL 2003

 

11 avril : traversée et premier contact

 

Après une descente sous la neige, qui nous fera renoncer à la portion Gap - Grasse de la route Napoléon, la traversée vers Bastia s'annonce plus clémente. Départ prévu vendredi 11 avril à 9:30, pour une arrivée 4 heures plus tard à Bastia. En attendant l'embarquement des motos dans les soutes du NGV (Navire à Grande Vitesse), la discussion s'engage entre les 7 ou 8 motards qui feront la traversée. D'abord, coup d'oeil sur les motos : une GS 1100 équipée baroudeur. Manifestement le gars sait où il va poser ses roues et n'aime pas l'imprévu jusqu'à prévoir des sangles persos au cas où celles de la SNCM ne lui conviendraient pas. Mon expérience du retour montrera qu'il avait raison... On ne peut pas en dire autant du jeune couple en VTR, qui raconte comment ils se sont pelés la veille en traversant les Alpes sous la neige. Comme le dit lui même le gars : "Ce voyage, c'est le voyage de tous les défis". Et c'est vrai qu'avec un équipement comme le leur, une moto pas vraiment taillée pour les routes défoncées de certaines régions de Corse, il va lui en falloir du courage et à elle de l'abnégation. Parce que faire Calvi - Porto par la côte sur des routes qui ressemblent davantage à des chemins chevriers qu'à des routes, et sur une sportive, ça craint. Il y a aussi un vieux-jeune débutant motard en K11. Il part juste pour un week end, blouson de toile, baskets et découvre que peut-être il a été léger ;-). M'enfin, que pourrait-il lui arriver... au guidon d'un panzer ? Il y a aussi un varadéro, un CBR mais le gars se rend sur la cote "est", le seul endroit de Corse où il y ait quelques routes rectilignes ;-). Et puis il y a donc Géné, mon fidèle SDS et son chevalier servant, ma pomme, au guidon d'un 1150 RT. La baleine est accueillante et spacieuse. Les suspensions BM devraient faire des miracles et la maniabilité de cette moto sur les petites routes nous procurer du plaisir. Il a fallu jouer d'ingéniosité pour embarquer les fringues et l'équipement de Madame. En rentrant, j'étudierai sérieusement la possibilité de bricoler une galerie sur mon top case pour embarquer un sac polochon, en sus des capacités de stockage du top, des valises et du bagster de réservoir.
L'heure de l'embarquement a sonné (avec une heure et demie de retard - il faudra revoir le Road Book de l'après midi). Les motos entrent en premier et sortent en dernier. Le système de fixation de la SNCM, d'emblée ne m'inspire pas confiance. Je pensais qu'on allait sangler sur le cadre de la moto, bin non, un étrier s'appuyant sur la selle et lui même sanglé des deux côtés est sensé maintenir la moto. Problème : en bout de cale et ne pouvant pas reculer davantage, l'étrier prend la selle du RT au plus large (et elle est large la selle du RT !). Je suis donc obligé de béquiller sur la latérale, ce qui permet de mettre en place le système. Rien à signaler sur la traversée. Atmosphère étouffante des ferrys, hâte d'arriver, mauvaise bouffe. Le temps a changé. Nous longeons le cap Corse sous un temps maussade et alors que j'étais prêt à en découdre dès l'arrivée, Géné, me convainc de tailler au plus rapide vers l'hôtel et de remettre le tour du cap Corse à plus tard. Le temps de charger la route dans le Street Pilot III et nous voilà partis. Non sans avoir fait le plein. Paraît qu'en Corse, on peut avoir des surprises, ce qui se révèlera inexact. Il y a autant de stations services que dans les régions similaires du continent. Bastia est pénible à traverser. Je sais que le vieux Bastia est génial mais on verra ça plus tard. Donc, direction Corte, notre premier hébergement, mais en passant par Saint Florent et le désert des Agriates, faut pas pousser quand même... Aux premiers tours de roues à la sortie de Bastia, nous attaquons le col de Teghime. La montagne n'est jamais loin de la mer en Corse. Et là, c'est le bonheur. Le temps s'est remis au beau (il ne nous quittera plus de tout notre périple en corsitude), les parfums du maquis, aux nuances de miel et de senteurs poivrées nous titillent les narines. (Napoléon disait qu'il reconnaissait son pays aux odeurs...) Les figuiers de barbarie, hérissés de piquants sont omniprésents. La route tourne et chaque virage nous arrache des "Oh !" et des "Ah !" de bonheur devant des paysages étonnants de beauté. C'est une caractéristique des routes corses : à chaque virage, le paysage change de manière inattendue. Arrêt à saint Florent, dans le port où nous avons décidé de faire une pose. Des vieux se moquent de Géné, encore engoncée dans sa tenue d'hiver. Confortablement installés à la terrasse d'un rade donnant sur la mer, aux premières loges d'une partie de pétanque de haut niveau, c'est là que nous prendrons conscience que nous sommes en vacances et que nous commencerons à nous mettre au rythme des Corses.
La traversée des Agriates est géniale : des paysages étonnants : arides et des reliefs sculptés par le vent. Je commence à comprendre ce que le maquis signifie et pourquoi un gus réfugié ici est quasiment introuvable. Nous sommes maintenant sur la Nationale 197 en direction de Corte. Belle route au goudron nickel chrome, qui permet d'enrouler à un rythme rapide.
En vue de Corte, le bousin décide de nous la jouer route buissonnière et c'est superbe. Ca y'est la fière capitale historique de Pascal Paoli avec ses maisons en schiste et sa citadelle dressée sur un piton montagneux s'offre à nos regards. Nous y passeront 5 jours, enfin, 5 jours dans notre premier hébergement, hôtel "Le Refuge" dans les gorges de la Restonica. L'accueil est chaleureux, l'endroit génial, avec terrasse surplombant le torrent qui descend virilement des névés du Mont Rotondo. Nous posons la moto dans la cour intérieure de l'hôtel et nous décidons de partir aussitôt pour une exploration pédestre de notre environnement. Direction la route en cul de sac de la Restonica. Nous n'irons pas très loin mais suffisamment pour découvrir quelques bergeries et le début de la célèbre forêt de pins laricio de la restonica. C'est un pin maritime qui s'est adapté à la montagne et qui atteint des tailles assez inimaginables. L'histoire récente des conflits nationalistes et indépendentistes a laissé ses traces dans la vallée. Une maison criblée de balles et couvertes de tags explicites, commence à laisser place à la végétation mais les stigmates de la violence sont encore bien présents... comme nous le vérifierons ailleurs un peu plus tard.
Au menu du soir, des plats régionaux : charcuteries corses (coppa, lonzu), sanglier et l'excellent brocciu, fromage que l'on trouve partout en Corse. Côté vin, un plus pour ceux du Cap, et spécialement de Patrimonio, un peu lourd quand même. A noter qu'en Corse on peut boire deux excellentes bières : la Pietra, à base de châtaignes et la Selena, plus classique, à base de malt.


Hébergement : Hôtel Restaurant Le Refuge. Vallée de la Restonica - 20250 CORTE.
Tél : 04 95 46 09 13
Site internet

 
 

12 avril : Corte - Calvi - Porto - Corte

 

Au programme de cette seconde journée, la boucle I'île Rousse, Calvi, Porto par la N197 qui serpente le long du Navaccia. Ca, une nationale me dit Géné ? En effet, c'est l'équivalent d'une départementale du continent. Rien à voir avec la nationale qui relie Bastia à Corte. Pas ou très peu de voitures sur cette belle "nationale". Les usagers de la route les plus nombreux que nous rencontrerons seront des vaches et des chèvres. On a beau le savoir, au début ça surprend, surtout quand la rencontre a lieu en sortie de virage. Les paysages de la vallée de Navaccia et du San Colombano, qui lui succèdent, sont doux et paisibles. Les villages traversés (Belgodère) dominent des vallées très vertes aux cultures en terrasses. Sur la cote, nous pousserons jusqu'à la pointe de l'île Rousse, qui en fait, est devenue une presqu'ïle, par la volonté des hommes, qui ont construit une route. C'est beau... quand on ne regarde pas la ville. Trop surfait pour moi, mais les artistes qui ont colonisé l'endroit ont probablement su s'installer à l'écart. La côte de granits rouges est magnifique mais nous nous en éloignons, préférant rallier Calvi, la fière. Fière parce que campée dans un cadre de montagnes, sa citadelle, bastion de toutes les résistances, domine la mer de ses austères murailles. Une halte prolongée nous permettra de nous approvisionner en charcutailles et fromages corses, sans oublier un vin local fort plaisant, le tout pour un pique-nique projeté du côté de Galéria, juste avant Porto. 30 kilomètres, une formalité ! Sauf que cette route de Calvi à Porto, pour un motard même aidé d'un para et d'un telelever teuton, c'est un enfer ;-)) Enfin, ça le serait s'il n'y avait pas ce paysage sublime qui te fait oublier les bonds et rebonds de la meule sur la route. J'avais pris la précaution de changer mon pneu avant à Marseille mais vue la tronche du pneu arrière et la vitesse à laquelle il fond sur les routes abrasives et défoncées, faudra penser à en changer pendant le voyage...
A Galéria, pique-nique dans une des petites criques que l'on trouve après l'école de plongée. Faire de la plongée ici, ça doit être le pied, tant l'eau est transparente et les fonds visibles. Paraît qu'on y rencontre des mérous et des murènes... Du coup, ça nous donne envie de nous baigner mais la méditerrannée en avril, c'est encore froid... Nous nous contentrons de faire trempouiller nos extrémités ;-)
Le road book de l'après-midi nous emmène vers Porto, par la même petite route côtière toujours aussi velue. Après le col de la Croix, on descend vers Porto avec des points de vue indescriptibles sur la mer et les rochers de granit rose. Je ne savais pas qu'un paysage pouvait ressembler à ce point à une carte postale !
L'arrivée sur Porto par cette route est intéressante mais beaucoup moins, comme nous le constaterons le lendemain, que par la route du sud des calanches de Piana. Porto (Portu, en corse) est un village très ancien réfugié au coeur d'une rade minuscule et surmonté par une tour génoise.
Les villes et villages ont toujours, ou presque une double appellation : corse et française. On peut d'ailleurs se demander à quoi rime cette tradition d'affubler les villages de noms francisés. Livia, c'est quand même plus joli que Lévié. J'ignore si c'est un sport exclusivement pratiqué par cette vieille France centralisatrice ou si chaque pays fait la même chose ?
Pourquoi dire Londres et non pas London, puisqu' après tout on dit bien Manchester et non un équivalent francisé... Mais bon, les corses ont réglé le problème à leur manière, en pratiquant copieusement la peinture blanche ;-))) Pour notre part, à ce stade de la balade, il ne nous restait plus qu'à remonter vers "Corti", en mettant le cap à l'est en direction de la D84, probablement une des plus belle route corse. Il était prévu que nous la fassions 2 fois : une fois dans un sens et une fois dans l'autre, mais la gourmandise aidant, nous la ferons 3 fois. Il faut dire que monter vers le col de Vergio dans la neige et jardiner autour du lac de barrage de Calacuccia, avec une vue sur le Cinto encapuchonné de neige, ça aiguise l'appétit.

 
 

13 avril : Corte - Calanches de Piana - Cargèse - Ajaccio - Corte

 

Après un ravitaillement dans une petite épicerie bien sympathique de Corte, qui semblait davantage tenir lieu de salle de réunion que de commerce, départ pour les calanches de Piana, par la D84, mais à l'envers cette fois-ci.
On retrouve dans ces petits commerces et particulièrement en Corse, l'ambiance nonchalante de la province. Je me souviens de séjours à Pratts de Mollo, dans les pyrénées orientales, où il fallait prévoir 1 heure rien que pour la boucherie. ;-) C'est que le "Jojo", c'est le nom du boucher, il passait plus de temps à la jactance qu'à la découpe. Et fallait voir le poissonnier, un balaize de 120 kilos au moins, ancien légionnaire, qui avait gardé l'habitude de se raser le crâne et qui s'était reconverti sur le tard dans le commerce du poisson. Fallait l'entendre raconter ses histoires. Mais doux comme un agneau : il chantait à la chorale de Pratts, avec les vieilles demoiselles du village. P'tain, la province, c'est autre chose quand même ! (soupir d'envie).
Bref, nous avions donc de nouveau posé nos roues sur la D84. C'est fou ce qu'une route faite dans le sens opposé, dévoile de points de vue et de détails invisibles à l'aller... Et parmi eux, juste avant Porto, ce petit joyau de pont génois de Pianella, situé sur la D124, dans une boucle de la D84, quelques kilomètres avant Porto. Les ponts génois ont ceci de particulier qu'ils ne supportent qu'une seule arche en forme d'arc assez accentué. Le chemin qui le couronne est toujours empierré. Et puisqu'on parle architecture, un mot sur les villages corses, que nous avons beaucoup photographiés. Les maisons sont regroupées de manière apparemment confuse et resserrées autour d'une église au clocher typique : haut et étroit, à plusieurs niveaux, le lanternon supérieur étant la plupart du temps surmonté d'une coupole. L'intérieur est souvent baroque. A noter que les Corses, contrairement aux Bretons, ne bétonnent pas les cotes. Ils y tiennent à leur île et un corse d'adoption, me disait à Ajaccio que si d'aventure un promoteur s'avisait de bétonner ou de vouloir bétonner, il serait le premier à... dégoupiller. ;-) Par contre, si les Corses veillent jalousement sur la qualité de leurs cotes et de leurs paysages, ils n'ont aucune politique écologique. On rencontre des décharges publiques à ciel ouvert à la sortie des villages mais avec elles, les mauvaises odeurs et les sacs plastiques accrochés aux arbres.
Que dire de la route des calanches ? Sublime ! A couper le souffle !
Difficile par contre quand on veut pique-niquer au bord de la mer, de trouver des accès. Ce jour là, à défaut d'avoir pu trouver un passage, nous pique-niquerons sous le col d'Osini, avec une vue donnant des deux côtés sur la mer.
Après un passage éclair à Ajaccio, où nous nous contenterons de repérer le concessionnaire Eurobike, en prévision du changement de pneu, retour sur Corte à une heure qui nous permet de concrétiser notre envie de monter à pied vers le lac Melo, au bout de la vallée de la Restonica.
Un poème, la montée vers le cul de sac de la Restonica ! La route, déjà étroite au départ, ne laisse plus bientôt passer qu'un véhicule à la fois, au point qu'à moto, il faut s'arrêter pour croiser les voitures. La montée est superbe. Les grands pins qui bordent la route s'enracinent dans des petites prairies verdoyantes qui s'épanouissent dans les verrous formés par les moraines. Au fur et à mesure que nous montons le paysage se fait grandiose, la forêt laissant place aux rochers. C'est une vallée glaciaire aux flancs abrupts. Les éboulis sont manifestement fréquents mais les chèvres et les vaches sont à l'aise. Ce ne sont pas des vaches, ces vaches corses ! Maigres, culottées et rarement farouches, elles ne sont élevées que pour la viande, on s'en doute. Au bout de la route, le massif du Rotondo et devant nous, barrant la vallée, le Lombarduccio, à la conquête duquel nous pensons pouvoir naïvement nous attaquer. Enfin moi, parce que Géné est beaucoup plus raisonnable. Objectif : le lac Melo. 1 heure de marche aller, 1 heure de marche retour. Le départ ne semble pas trop pentu. On verra bien. Et puis les bottes moto, finalement, c'est pas si mal pour marcher en montagne. 20 minutes après le départ, le sentier disparaît sous la neige et nous ne nous orientons plus que grâce aux "cairns" laissés par les alpinistes. Parfois la jambe s'enfonce brutalement jusqu'à l'aine, indiquant que le pont de neige vient de craquer. Il faut donc être prudent. Il nous faudra d'ailleurs renoncer à atteindre le lac, la fin du parcours ne pouvant se faire qu'avec des équipements de montagne. Déçus, nous nous consolerons devant un muscat du Cap Corse ;-)

 
 

14 avril : Corte - Ajaccio - Filitosa - Ghisoni - Corte

 

Non, décidément, Ajaccio ne me séduit pas. A la simple perspective d'avoir à traverser sa banlieue et ses zones industrielles, j'ai déjà hâte d'être loin. Mais comme il ne faut pas mourir idiot, je suis quand même mon road Book. Et puis quand t'as un GPS, c'est le GPS qui décide ! ;-) La boucle dans la vieille ville et la vue sur la forteresse ne sont pas si désagréables que ça finalement. Mais Filitosa nous attend, avec ses célèbres statues mégalithiques.
La Corse possède un patrimoine important de sites préhistorique mais celui de Filitosa a la particularité de retracer pratiquement toute l'histoire des origines de la Corse. A ne pas rater dans le voyage. On y trouve des alignements de statues-menhirs anthropomorphes (visages et parties du corps sculptés), dans un contexte de signification manifestement phallique. Sans doute une manière de symboliser la fertilité de la terre.
En sortant de Filitosa, nous croisons un groupe de trois motards, un FJR en tête, un 125 cm3 pour Madame et fermant la marche, un... F6 rutilant. A cette saison, il y a peu de motos sur les routes corses et quand il y en a, ce sont plutôt des GS, des DR, des Transalp mais aussi des RT. Le Conce d'Ajaccio me confirmera qu'il s'en est vendu pas mal dans l'île...

La seconde route inoubliable de Corse, c'est celle que nous prendrons pour remonter à Corte. D420 entre Petreto-Bichisano et Aullène, puis la D69 jusqu'à Ghisoni, pour finir par la route du col de Sorba, ce dernier tronçon étant très spectaculaire, en raison d'un incendie qui a ravagé l'année précédente une partie de la forêt de Rospa-Sorba et qui a mis à nu un paysage, devenu lunaire et chaotique. Il ne faut pas avoir peur du vide, surtout quand on circule sur la voie extérieure de la route, pour autant qu'on puisse parler de voie, sur des routes aussi étroites. Le plus grand danger sur les routes corses ne vient pas de l'état des routes, (très contrasté avec des portions tip-top et d'autres défoncées, mais manifestement les collectivités territoriales font des efforts pour améliorer le réseau routier), ni même des bestiaux qu'on croise régulièrement mais des Corses eux-mêmes ! Pour un certain nombre d'entre-eux, la route est un circuit. On coupe les virages sans visibilité et je peux dire que nous nous sommes trouvés deux ou trois fois dans des situations limite. Il est donc nécessaire de garder soi-même de bonnes marges de manoeuvre, aussi bien en terme de distance que de vitesse.

 
 

15 avril : Corte - Pedicroce - Cervione - Aleria - Corte

 

Notre méthode d'exploration de la Corse ayant consisté à dessiner des boucles depuis le centre de l'île, nous arrivons le 15 avril au terme de notre étape à Corte. Demain, nous descendrons dans le sud. En attendant le programme de la journée est sympa, surtout la première partie qui nous mènera de Ponte Leccia à Moriani-Plage par la route viroleuse de Piedicroce (D71).
En Corse, c'est toujours montagne et mer à proximité l'un de l'autre. On pourrait se dire que ça va finir par être monotone. Eh bien non, cette descente vers la cote "est" est remarquable. Nous déjeunerons sur la corniche de la Castagniccia (nord de Cervione) dans un paysage avec des dénivelés et une vue sur la mer étonnants. Les routes dans cette région, serpentent dans les forêts de chênes verts, pour finir près de la cote dans les vignobles et les oliviers. Nous poursuivons vers le sud par la seule et unique route de la cote, cette N198, que nous reprendrons le dernier jour pour remonter vers Bastia. Quelle plaie cette route ! C'est droit, c'est moche, les plages sont défigurées par les paillottes. P'tain, faudrait me payer cher pour aller boire un coup là dedans. M'enfin, faut croire que ça plaît, parce qu'en se moment on s'y agite sec pour préparer la saison touristique.
Heureusement, sur cette 198, on avance et Aléria n'est plus loin, avec sa route dans les vignobles et les fruitiers, qui remonte vers Ghisoni et de nouveau le col de Sorba. Au passage, il faut ABSOLUMENT faire le défilé de l'Inzecca puis celui des Strette. C'est beau comme dans les gorges du Mercantour !

           

 
 

16 avril : Corte - Propiano - Sartène - Zonza

 

Le 16 avril est donc une étape de transhumance. D'ailleurs les chèvres de la restonica nous donneront le ton, en occupant la route par centaines, le matin de notre départ. L'objectif est de rallier Zonza, dans la partie sud des montagnes corses. La première partie est une révision puisque nous l'avons déjà faite, mais la portion Sartène - Zonza promet d'être intéressante. en tout cas, Sartène, dont le nom me fait rêver depuis longtemps, ne nous décevra pas. Quelle belle ville ! Enormément de caractère avec de vieilles demeures et des traditions bien ancrées. Hélas, nous ne pourrons pas nous rendre aux cérémonies du vendredi saint avec sa célèbre procession du Catenacciu. Nous ne pourrons pas davantage assister à un concert de chants corses, la seule chorale en représentation étant... la chorale de Tourcoing. ;-) J'aime bien Tourcoing, mais bon...

Après Sartène direction Zonza. Nous arrivons dans le granit gris et les chaos de Paccionitoli. Etonnant ! Le paysage semble avoir été réduit en miettes. Il y a juste le lac de barrage de la forêt de Barocaggio qui apporte un peu de calme dans ce paysage tourmenté. Et puis, en approchant de Zonza, au détour d'un virage, d'un seul coup, il y a l'image des vertigineuses aiguilles de Bavella, qui te saute à la gueule. Quel spectacle ! Tu arrêtes la moto, tu te cales bien sur la selle, tu t'appuies sur le guidon et là, tu admires ! Silence, ça tourne dans ta tête. Jamais vu un film aussi beau ! Bavella, c'est "le plus beau jardin d'aiguilles de la Corse" comme ils disent là-bas. Sûr qu'une randonnée à pied dans ce massif, ça doit laisser des souvenirs inoubliables. D'ailleurs le GR de Corse pénètre profondément ce massif.
Zonza est un village construit en granit gris. Etonnante vision d'une bourgade que l'on croirait, vue de loin, construite en parpaing et donc inachevée. Mais c'est un beau granit, qui a juste été taillé aux dimensions requises pour faire de solides maisons.
L'hôtel "Les Terrasses" sera notre campement pour deux nuits. L'accueil y est chaleureux. Un couple aidé de leur fils font marcher la maison. Madame aux fourneaux et les hommes dans la salle. Ambiance familiale. On discute beaucoup et on apprend que c'est pas toujours simple de vivre en Corse, dans un village comme Zonza. Le dernier médecin a quitté la bourgade et pour se faire soigner il faut faire de nombreux kilomètres.

 

 
 

17 avril : Zonza - Bonifacio - Zonza

 

Un seul véritable objectif pour nous ce jour-là : Bonifacio la magnifique. Que dire de Bonifacio ? Faudrait écrire un livre. La vieille ville, perchée sur ses falaises érodées par le vent est un défi à la raison. Je n'ai jamais compris comment on avait pu construire à un tel endroit. Et pourtant ça tient. La meilleure vue sur le site se révèle être à l'extérieur de la ville, sur la route du Sémaphore.
La vieille ville ou "ville haute" comprend la citadelle et le quartier qui se serre autour de l'église. Les petites rues autour de "Sainte-Marie" sont géniales et pittoresques, des arcs-boutants les reliant parfois les unes aux autres, pour y faire circuler en réalité les eaux pluviales. En avril, la ville est fréquentable. Pas beaucoup de monde, des températures agréables.

 
 

18, 19 avril : Zonza - tour du cap Corse - Bastia

 

Ca sent la fin du voyage. Va falloir remonter vers Bastia. Heureusement, il nous reste le tour du cap Corse. Parce que la Nationale jusqu'à Bastia, mieux vaut ne pas en parler. Au départ, nous tenterons de passer par le col de Bavella pour rallier la cote au plus court. Rien à faire, la DDE ayant entrepris d'ouvrir des routes à l'explosif, nous ferons demi tour 5 kilomètres après le col, non sans avoir pu repérer des gîtes dans un endroit génial. Il m'est même venu à l'esprit qu'une concentre à Bavella, ça aurait de la gueule, cré non ;-))
Nous arrivons à Pietranera, au nord de Bastia vers 13:00. Après avoir déposé nos bagages à l'hôtel Cynthia, nous entreprenons le tour du "doigt corse" par la façade "est" de façon à pouvoir admirer les montagnes intérieures après le virage du Belvédère du moulin Mattei, tout au nord de l'île. Hélas, le temps, très chaud a fait se lever des brumes qui nous empêcheront de voir les montagnes se dresser dans la mer. :(( C'est paraît-il un spectacle magique. En revanche la route du cap corse qui longe la cote offre des vues splendides sur la mer et ses plages de sable vert. La route est ponctuée de tours génoises, qui servaient jadis de tour de guet ou de refuge aux populations menacées.
A Rogliano, nous chercherons longuement et vainement un producteur de muscatellu, avant de regagner Bastia pour la dernière soirée. Le bateau partant le lendemain à 14:00, nous en profiterons pour musarder dans la vieille ville de Bastia.
La traversée ne sera pas plus passionnante que celle de l'aller, à ceci près que l'agent de la SNCM chargé d'arrimer ma moto refusera ma demande de la sangler davantage et qu'au débarquement, on la retrouvera lourdement affaissée sur la coque du bateau, selle bien endommagée. Le constat fait, nous rejoindrons un petit hôtel du Mercantour... sous la pluie et dans un brouillard à couper au couteau.


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