Récits et photos de balades à moto


BMW R1200 R

 

Dernière mise à jour
01/11/2017

SICILE

AVRIL 2007



 



 


LA SICILE EN BREF

Histoire : quelques mots sur ce curieux drapeau sicilien. Il s'agit d'un "Triskel", c'est-à-dire d'un symbole qu'on retrouve plutôt dans les pays celtes et qui représente trois jambes (triskel signifiant 3 jambes en grec). Au centre du drapeau, la Trinacria est une tête de femme ailée entourée de serpents, représentant sans doute Gorgone, une des trois méduses et de trois jambes qui symbolisent les trois pointes de la Sicile : Peloro, Passero et Lilibero. Historiquement la Sicile est une terre métissée, qui a successivement été grecque, carthaginoise, romaine, byzantine, arabe, normande, française et espagnole avant de rejoindre le royaume d'Italie au 19ème siècle. Inutile de dire qu'un tel passé lui confère une personnalité tout à fait à part dans le bassin méditerranéen et se traduit sur le plan culturel et artistique par une très grande diversité mais aussi par des métissages étonnants en particulier sur le plan architectural puisqu'on peut aussi bien trouver des temples grecs ou romains, voire gréco-romains, des forteresses normandes, des églises arabo-normandes et des monuments baroques !
On peut également rappeler que la Sicile est le pays d'Archimède, de Gorgias et d'Empédocle, celui-là même dont la légende raconte qu'il se serait jeté dans l'Etna, laissant une de ses chaussures au bord du cratère, mais qui fut intellectuellement parlant un des philosophes présocratiques les plus importants.

Climat : très chaud en été, la saison idéale se situe au printemps ou à l'automne. Au printemps, entre les orangers et les citronniers en fleurs, le mimosa et les forêts d'eucalyptus, on circule dans un environnement d'odeurs sucrées et douces très agréables. Avec parfois, de manière inattendue et sans que nous ayons pu en identifier l'origine, des senteurs d'épices qui rappellent celles d'Afrique du Nord. Et puis autour de l'Etna, quand on est "sous le vent" une odeur forte de rejets volcaniques. C'est que le bougre ne dort que d'un oeil.

Les routes et la conduite : globalement les routes sont en assez bon état mais piégeuses dans le centre de l'île en raison d'affaissements de terrain qui peuvent embarquer des parties importantes de la chaussée. On est dans un pays de montagnes et les routes sont sinueuses et escarpées. En revanche, la DDE sicilienne ou son équivalent ignore totalement le gravillon. On utilise d'autres techniques et le revêtement est plutôt lisse et sans surprise à ce niveau. Comprends pas qu'en France on continue à déverser des tonnes de gravillons sur les routes...
La conduite par contre, réserve des surprises au français qui débarque avec ses petites habitudes. Mon apprentissage de la conduite italienne avait commencé à Naples. Tu sors de l'autoroute et là, en quelques kilomètres, tu découvres un autre monde. Le code de la route est certes globalement le même que le nôtre, je veux dire que la signalisation et les règles sont à peu près identiques. Mais ce qui change c'est la manière de les interpréter. J'avais bien repéré qu'il y avait un usage spécifiquement italien de l'autoroute, la voie de gauche étant "réservée" aux véhicules rapides (180, 200 n'y sont pas des vitesses exceptionnelles malgré une limitation théorique à 130) mais c'est sur les autres types de routes et en ville, que le dépaysement est le plus grand :
- La ligne continue n'a guère de signification. Il y a d'ailleurs bien plus de lignes continues que de lignes discontinues mais ça ne dérange personne puisqu'on les franchit allègrement. Si on ne comprend pas ça, on se met dans une situation inconfortable. La prudence veut qu'on s'adapte mais une fois rôdé aux usages, ça fonctionne plutôt bien. Les stop, c'est du pareil au même. On ne s'arrête pas, on avance et on voit ce qui se passe. Mais si on fait respecter sa priorité, l'italien est beau joueur, il laisse passer. Sauf qu'on est obligé de mordre sur la voie opposée ;-) En revanche, la priorité à droite est une règle absolue.
Contrairement à l'image d'Epinal de l'automobiliste italien impatient et pressé, j'ai trouvé qu'il répondait mieux à une définition du genre : "culotté mais patient". Je veux dire que si ça passe, tant mieux mais que si ça ne passe pas, eh bien on se résigne et on attend gentiment sans s'énerver. Y'a bien un coup de klaxon par ci par là mais ça tient davantage du folklore que de l'impatience.

L'accueil : rien à voir avec le côté exubérant de l'italien du nord. De prime abord, les siciliens sont distants et froids. En revanche, quand on a besoin d'un service et qu'on arrive à établir le contact, ce sont des gens charmants et serviables. Je raconterai un peu plus loin comment un motard m'a donné un coup de main pour m'aider à trouver un réparateur de pneus.
Amusante et sympathique, cette tradition de la "Passagietta" qui en fin d'après-midi réunit tous les bonhommes sur les places publiques. Toutes les classes sociales sont concernées mais apparemment, on ne se mélange pas. Chacun son trottoir...
Vers 20:00, les rues se vident et les villes retrouvent leur calme. Pas ou peu de femmes à la passagietta... Les magasins ouvrent tardivement dans l'après midi en raison des fortes chaleurs mais ferment souvent après 20:00. Par exemple, le concessionnaire qui réparera mon pneu à Caltanissetta n'avait ouvert qu'à 15:30.

La sécurité : quand on parle de la Sicile, on a évidemment à l'esprit la maffia mais franchement - j'en parlerai également plus loin - nous traînons des clichés éculés à ce sujet. Pour un peu et sans bien connaître le reste de l'Italie, je dirais que la Sicile est une région sans gros problème côté sécurité des personnes. La maffia a vraiment d'autres chats à fouetter que le petit touriste français, fut-il à moto de "GBPF" ;-)
La seule fois où j'ai trouvé que "ça craignait", c'est dans la banlieue de Naples à l'occasion d'une étape de liaison, mais en raison de la délinquance des quartiers, qui n'est pas spécifique à l'Italie ni à la maffia. Ca ne veut pas dire que la maffia ne joue pas un rôle important en Sicile. Les nombreuses initiatives anti-mafia, très visibles dans les villes et dans les organes de communication en sont la preuve.

La cuisine sicilienne : j'avais déjà eu l'occasion d'apprécier la cuisine italienne mais en Sicile, c'est l'apothéose ! On dit que les siciliens font les meilleurs antipasti d'Italie et je veux bien le croire. A la cuisine italienne, s'ajoute une cuisine sicilienne typique : sardines farcies aux anchois, filets d'espadon, pasta con le sarde, des viandes excellentes et même dans la partie "africaine" de la Sicile (comprendre la cote ouest) un couscous de poissons réputé, qui donne lieu à des manifestations gastronomiques internationales... Les vins sont excellents ; nous avons particulièrement apprécié les côtes de l'Etna, qui sont fruités et ne "tapent" pas trop. Quant aux "dolce", la cassatta ou les "Canello" sont excellents mais pour les apprécier, il vaut mieux aller directement dans les pâtisseries, fort nombreuses plutôt que dans les restaurants, tant il est vrai que les siciliens préfèrent les déguster dans l'après-midi plutôt qu'au dîner.

Les hébergements : j'avais pratiquement tout retenu à l'avance et les circonstances ont fait que nous avons testé un peu toutes les formules. Pas le camping, faut pas déconner non plus  ;-))
Globalement, c'est cher et il faut préférer les B&B et les agriturismi, équivalents des chambres à la ferme. En revanche les prix des restaus sont très corrects. Quand on voyage à moto et qu'on souhaite mettre sa brêle à l'abri, il vaut mieux avoir prévu le coup. Pratiquement toutes les villes siciliennes sont installées sur des pitons rocheux ou des collines et les maisons s'y entassent avec une densité incroyable qui laisse peu de place aux parking ou aux garages. De ce point de vue, pour les hébergements que j'avais choisis, en complément, j'avais pas mal utilisé "Google Earth", histoire de visualiser les lieux. J'ai toujours pu, en Sicile, ranger ma moto dans un coin à l'abri. (Voir les adresses de mes hébergements en bas de page)

 

LA LIAISON MANTES - SICILE

Quatre étapes à l'aller, trois au retour pour une virée de 16 jours au total, soit 9 jours en Sicile.

Première étape : Meyzieu, charmante banlieue de Lyon ;-)) histoire de devancer le flot des vacanciers de Pâques, qui allaient s'engouffrer dans la vallée du Rhône

Seconde étape : Fréjus, Turin, Gênes, Pignone en partie par l'autoroute et à l'arrivée par la "Riviera di Levante" très semblable à sa petite soeur française, puis les petites départementales, voire les routes à chèvres du parc de "Cinque Terre" en Ligurie. L'accès n'est pas évident mais les paysages sont magnifiques. A Pignone nous trouvons refuge dans un B&B charmant situé sur la place centrale du village, un village médiéval avec un vieux pont romain.
Voir : http://www.cignoligustico.it avec une pizzeria populaire toute proche proposant des "anti-pasti pesce" excellents et un "vino bianco frisante" qui n'a pas à... rougir face aux "vino verde" portugais.
 

Troisième étape : Pignone - Cervino (Caserta). Nous rejoignons l'autoroute par une longue départementale tournicotante et en vue de Florence, je me dis in petto que ça serait dommage, surtout un dimanche de Pâques, de ne pas pousser jusqu'au centre historique et en particulier jusqu'à Santa Maria Del Fiore et son extraordinaire coupole. Pas simple de trouver une place de stationnement en ce jour de fête mais bon, une moto, ça se case. La Piazza del Duomo, au coeur de la ville, réunit la cathédrale, le batptistère octogonal et le campanile, trois monuments recouverts de marbres blancs, verts et roses. C'est grandiose, somptueux : en tournant autour de la cathédrale, on a l'impression de se trouver devant une composition de marqueterie démesurée. La coupole de Brunelleschi est gigantesque et élégante et elle contraste, comme tout le monument d'ailleurs, avec le "dépouillement" de l'intérieur. Un seul regret : ne pas avoir eu le temps de faire une visite approfondie mais c'est le genre de chose à programmer pour un we, pas pour une longue liaison.
Sur le parvis, entre la façade et le célèbre baptistère, nous avons pu assister en partie à la fête du Scoppio de Carro, un chariot tiré par des boeufs, encadré par un cortège musical et qui après avoir traversé la ville, s'arrête devant la cathédrale pour permettre à l'archevêque d'allumer une fusée en forme de colombe, qui déclenche des feux d'artifices stockés sur le char.
Nous repartons en direction de Rome. La Toscane est bien comme je me l'imaginais, avec une campagne vallonnée et ces maisons rectangulaires si typiques, avec leurs bordures de cyprès. Après Rome, la route remonte dans les Apennins, pour autant qu'on puisse dire qu'on les quitte jamais puisque la chaîne s'étend sur pratiquement toute l'Italie. Les Apennins, c'est plus de 1300 kms de montagnes qui culminent dans les Abruzzes (centre de l'Italie) à plus de 2900 mètres. Nous y ferons une halte au retour.
Contrairement à d'autres chaînes, comme les Pyrénées ou même les Alpes, avec ses larges vallées, les Apennins sont sans doute plus difficiles à parcourir, je veux dire longitudinalement. Les petites routes intéressantes relient plus souvent les côtes est et ouest, qu'elles ne parcourent le massif du nord au sud. Mais bon, en cherchant un peu, on doit pouvoir trouver des routes à bécanes sympas. Dans les Abruzzes, c'est certain.
L'arrivée à Caserta, dans la grande banlieue napolitaine est dépaysante. La région est pauvre, l'habitat rudimentaire, les routes mal entretenues mais les paysages toujours somptueux. Les plantations d'oliviers sont nombreuses. Pour accéder à notre hôtel, on grimpe par une route en lacets très étroite avec des points de vue magnifiques sur la vallée. Manifestement nous étions les seuls touristes, l'hôtel ayant été réservé par une famille pour les fêtes de Pâques. Je ne connais pas vraiment les us et coutumes de l'Italie du sud mais la manière dont les choses s'étaient déroulées avaient attiré mon attention : avant le dîner, les femmes et les enfants sont dans une salle et prennent des rafraichissements tandis que les hommes sont entre eux dans une autre salle. Une manière peut-être de reproduire la fameuse "Passagietta" de 19:00 ?
Ensuite, les femmes et les enfants passent à table, rejoints un peu plus tard par les hommes qui s'installent entre eux, à un bout de la table...


Quatrième étape
: cote Amalfitaine - San Giovanni In Fiore (Calabre)
Premier objectif : la cote Amalfitaine entre Sorrento et Salerne puis la partie septentrionale de la Calabre.
On dit de la région d'Amalfi qu'elle est une des plus belle d'Europe si ce n'est la plus belle, réputation qu'elle doit en grande partie à l'île de Capri.
Pour rejoindre Sorrento, j'avais choisi de passer au pied du Vésuve, par la ville mythique de Pompéï. Aïe ! Je n'ai jamais autant galéré et mon GPS n'a jamais autant débloqué que ce matin-là. En outre Pompéï, c'est le dépaysement assuré. Enfin, le Pompéï dans lequel je me suis perdu, celui des quartiers populaires, pas celui de la cité historique. C'est un dédale de ruelles étroites d'une densité incroyable qui étaient encombrées par des montagnes de sacs poubelles et de détritus. A ce sujet, nous apprendrons que les municipalités de la région étant incapables d'assurer normalement le service, la mafia napolitaine organisait des ramassages illégaux, n'hésitant pas à déverser les déchets, y compris dangereux, à peu près n'importe où...
J'ignore si c'est une tradition des fêtes de Pâques mais les habitants sortent sur le pas de leur maison et sur des barbecues ou des réchauds rudimentaires, font griller des boulettes de viandes dont l'odeur se répand dans toute la ville. A 9:00 du mat., c'est pas ce que je préfère ;-)). Bref, je ne sais pas comment j'ai fait mais toujours est-il que j'ai fini par me retrouver à Sorrento, au début de la célèbre route de la côte. Et j'ai commencé par me perdre une nouvelle fois. En fait, dans cette partie de l'Italie et également en Sicile, le GPS ne peut être le seul instrument de guidage. Il est certes utile et m'a permis au final de me sortir de certains imbroglios mais on ne peut absolument pas faire l'impasse sur la bonne vieille carte routière. En réalité, la cartographie est très incomplète et pour ce qui est cartographié, très mal mise à jour. En plus, le GPS ne pouvait que se "gourrer" : les villes sont construites sur des collines ou des pitons rocheux, si bien que pour le GPS, les routes ne sont pas seulement à gérer dans un plan horizontal mais dans un plan vertical. Il n'est pas rare de croire qu'on est sur la bonne route alors que le GPS, lui, a identifié la route du dessus ou celle du dessous. Me souviens en particulier d'un ouvrage d'art qui traversait une partie de Caltanissetta mais qui était à la verticale et exactement dans la "trace" d'une rue qui se trouvait 30 mètres plus bas. Immanquablement, le GPS me demandait de tourner dans le vide au-milieu du viaduc. ;-)  Bref, carto incomplète, mal mise à jour et routes comme des toiles d'araignées superposées, ça devient ardu, surtout quand en plus tu dois avoir l'oeil sur la route et les fantaisies de conduite de nos amis italiens.
Pour revenir à cette côte Amalfitaine, c'est vrai qu'elle est belle et sauvage mais la faire un lundi de Pâques, c'est de la folie. Théoriquement, ça aurait dû être un grand moment de moto. 60 bornes de virons sur la côte sauvage. Pratiquement, je l'ai faite au pas derrière des files ininterrompues de voitures. J'avais lu ici ou là, qu'en plus c'était du velu. Désolé de contredire mes p'tits camarades voyageurs mais techniquement c'est du tout bon. La route est large, les virages bien dessinés, pas de quoi "fouetter", même dans des conditions optimales de circulation, je veux dire... sans voitures ;-)
En plus, c'est comme la Riviera : plutôt surfait et colonisé par les riches napolitains et les étrangers. Bref, ça n'est pas ce que je préfère et de loin. Rétrospectivement, je comprends pourquoi certains de mes contacts avaient été déçus de la Sicile et emballés par Capri et ce bout de côte. Nous n'avons simplement pas les mêmes valeurs mais il en faut pour tout le monde, hein  ;-))
Sinon, sur la côte en question, la ville de Positano avec ses petites maisons blanches a beaucoup de charme. Et pour corroborer ce que je disais de l'organisation verticale de ces villes, je citerais Paul Klee : "Le seul endroit au monde conçu sur un axe vertical". Pour dire...

Second objectif : la Calabre (San Giovanni In Fiore, notre étape)
A partir de Tarsia les paysages changent. De collines doucement vallonnées, on passe progressivement à des paysages de montagnes. On pourrait se croire dans certaines régions alpines. Le massif de la Sila, au coeur de la Calabre est une région de sommets élevés et de hauts plateaux. Elle est classée "parc régional" et on peut paraît-il y renconter des loups et autres animaux sauvages. Les forêts de résineux sont superbes et faire le tour des lacs de Cecita, Ampollino et Arvo est un vrai bonheur.
L'arrivée sur San Giovanni est en revanche assez décevante, surtout pour des voyageurs affamés qui débarquent un lundi de Pâques dans une ville où aucun restaurant n'est ouvert.  :-/

 

LES ETAPES SICILIENNES



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ETAPE 1 : SAN GIOVANNI -  RANDAZZO (414 KMS)

San Giovanni (Calabre)
 
 
Spineto SP35, SS179 - Lac Ampollino
Colosimi SS179, SS108BIS
Nicastro S109
Scilla A3
Villa San Giovanni S18 (Traversée du détroit de Messine)
Barcellona A20
Novara di Sicilia SS185
Col de Mandrazzi SS185
Randazzo SP1, SP89
   

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Nous reprenons la route de Calabre en attaquant le col qui permet de relier Sans Giovanni et la vallée du lac d'Ampollino. A cet endroit on est dans le parc de la Sila et il y a encore des traces de neige sur les bas côtés. La route est belle avec des virages bien dessinés et des vues saisissantes. Le temps est idéal : grand bleu et température de 20 degrés. Etrange impression autour du lac : il n'y a pas âme qui vive. Routes désertes, pas d'automobilistes, peu d'oiseaux, pas de troupeaux dans les alpages, un habitat plutôt rare et dispersé. Les seuls habitants de cette région semblent être de petits écureuils noirs que notre moto fait fuir.
Pour embarquer vers Messinne, il faut arriver par la S18 en quittant l'autoroute à Scilla. On peut évidemment aller directement à Villa San Giovanni mais ça serait faire l'impasse sur la magnifique vue du détroit.
L'embarquement à bord des navires de liaison est sans problème. On achète son billet sur les quais, on suit le flot de voitures et on se contente de poser sa moto sur la latérale. Inutile de réserver son passage ; il y a des navettes toutes les 10 minutes et la traversée ne dure que 20 minutes.
A Messine, la circulation est telle qu'après avoir retiré quelques euros au distributeur, je taille au plus rapide afin de rejoindre la SS185 qui descend vers l'Etna et Randazzo, notre premier hébergement.
La montée du col de Novara est magique. La route s'élève rapidement dans des paysages incomparables. "Incomparables" au sens où ça ne ressemble à aucune des montagnes que nous connaissions. La SS185 est à la frontière du parc de Nebrodi et des monts Peloritani. La végétation est luxuriante : figuiers de barbarie, mimosas qui couvrent des pans entiers de montagne, odeur subtile des orangers en fleurs. Bref, un plaisir de tous les sens pour ce premier contact avec la terre sicilienne. En fait, s'il fallait résumer la Sicile par une odeur, ça serait la fleur d'oranger. Elle est vraiment omniprésente.
Après Novara, alors qu'on redescend vers Castiglione, dans un virage, brutalement on se prend l'Etna en pleine "tronche". Un vrai choc. Faut dire qu'un géant de 3340 mètres qui fait à peu près 150 kilomètres de circonférence, ça ne passe pas inaperçu. A cette époque de l'année, il est encore encapuchonné de neige. Des fumerolles montent en nuages irréguliers mais le monstre semble plutôt calme. Sa nuit sera plus agitée comme nous pourrons le constater le lendemain...
En attendant, nous nous installons à l'hôtel Scrivano où nous resterons trois nuits.
Randazzo est une vieille ville médiévale intéressante où se côtoient plusieurs styles architecturaux témoignant de l'histoire mouvementée et complexe de la Sicile


 

ETAPE 2 : ETNA - TAORMINA - GORGES D'ALCANTARA (180 KMS)

Randazzo
 
 
Linguaglossa S120
Mareneve  
Fornazzo  
Refuge de Sapienza S92 (Excursion Etna)
Nicolosi S92
Santa Venerina SP4-III, SP41
Taormina A 18 (Visite du temple grec)
Gorges d'Alcantara SS185
Randazzo SS 185, SP7-1, S120
   

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La veille au soir, l'Etna nous avait gratifié d'un panache abondant qui pouvait laisser augurer une activité inhabituelle. En route pour le refuge de Sapienza, point de départ vers les cratères, nous sommes intrigués par le fait que les gens lavent abondamment leurs voitures, par la présence de scories sur la route et par une odeur particulière de pierre et de feu. Et de fait, en arrivant sur site, nous apprendrons que le volcan a laissé échapper une extraordinaire coulée de laves durant la nuit...
Il y a plusieurs routes pour monter à l'Etna : celle du nord et celle du sud mais l'indécision ou plutôt le plaisir d'en profiter un maximum aidant, je décide de faire les deux routes avec l'objectif d'atteindre le refuge de Sapienza, à partir duquel on peut continuer l'ascension en téléphérique puis en 4x4.
La route du nord n'a rien à voir avec celle du sud. Le nord est verdoyant. On progresse sur une route sinueuse qui traverse des forêts de résineux avant d'arriver dans la zone aride et lunaire des coulées de laves. La route est une vraie piste, le revêtement est nickel, il n'y a pas un chat. Autant dire qu'on peut se lâcher. Pour un peu on regretterait de n'avoir pas à se mettre un sicil^^^romain sous la dent ;-)). Bref, une route magique.
La route du sud que nous enchainons ensuite est différente, ne serait-ce que parce que le vent y a poussé les nuages de scories qui s'y sont répandues. De ce côté de l'Etna la végétation est plus méditerranéenne. Les villages sont plus nombreux, on monte dans la vigne et les oliviers. Les 15 derniers kilomètres avant Sapienza sont géniaux.
Au refuge (très civilisé, qu'on se rassure ;-)) on a le choix de monter à pied ou bien par téléphérique et 4x4. C'est un vrai luxe de monter sur l'Etna : entre la cabine, la place dans le 4x4 et la présence obligatoire d'un guide, on s'en tire pour 48 euros par personne.

A cette époque de l'année, l'Etna est recouvert de neige et les 4x4 progressent sur des pistes improbables enserrées entre des congères de 3 à 4 mètres. La partie supérieure du manteau neigeux est recouverte d'un tapis de cendres volcaniques. Au bout de la piste, nous ne sommes pas, loin s'en faut, au sommet de l'Etna mais dans la zone des grands cratères qui précèdent "LE" cratère central. Il faudrait au minimum une journée et demie d'ascension pour y accéder et avec un matériel spécifique. En plus, la coulée de lave de la nuit a carrément coupé certaines voies d'accès. Les accompagnateurs officiels nous dirigent vers la coulée toute fraiche. Façon de parler parce que la température est élevée. On devine sous la croûte solidifiée le magma incandescent. Impressionnant ! Depuis le cratère, la coulée s'étend maintenant sur plusieurs kilomètres et continue à progresser sur les flancs de la montagne. La lave pâteuse dans les couches profondes entraîne la partie superficielle refroidie, la cassant et provoquant des éboulis de roche sonores. Le spectacle est incroyable.

Taormina, au nord-est de l'Etna est connue pour son fabuleux théâtre grec édifié au pied de l'Etna, dans un site qui domine la mer ionienne. L'endroit est fréquenté et je m'énerve en recherchant une place de stationnement. Même pour une moto, ça n'est pas évident. En plus le GPS recommence ses fantaisies en raison de la structure verticale de la ville et mon embrayage (foutu embrayage à sec) apprécie modérément la progression d'escargot que les encombrements nous imposent. Je devrais plutôt dire que le problème de la circulation dans ces villes de Sicile tient davantage à l'étroitesse des rues qu'au nombre de voitures.
Mais bon, on finit toujours par y arriver...
Le théâtre a été édifié 3 siècles avant JC, avant d'être transformé par les romains pour des jeux antiques. Aujourd'hui, il peut accueillir plus de 5000 personnes et l'acoustique y est exceptionnelle.
Taormine a été le lieu de combats féroces menés par l'armée romaine contre la première révolte des esclaves, dont les survivants furent crucifiés. Cette révolte eut des conséquences sur la vie politique romaine grâce aux Gracques qui en tirèrent partie pour contester les grands domaines esclavagistes du sud, ce qui valut à Tibérius Gracchus une fin plutôt... violente. On ne rigolait pas avec le pouvoir et les propriétaires latifundistes...
Histoire de se remettre en température après le soleil écrasant de Taormina, un petit détour par les gorges d'Alcantara est bien rafraîchissant. Note : un pseudo-site permet d'accéder à un escalier et semble-t-il même à un ascenseur moyennant une somme de 3 euros par personne, sauf que 200 mètres plus loin, la municipalité a aménagé un accès gratuit à la rivière. L'originalité du site réside dans le fait que les gorges, habituellement creusées dans le calcaire, ici, ont été creusées dans les orgues basaltiques.


 

ETAPE 3 : TROINA - NICOSIA - AGIRA - BRONTE (200 KMS)

Randazzo
 
 
Troina S120
Nicosia S120
Agira S117, S121
Adrano S121
Bronte S284
Randazzo S284
   

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Journée de balade à moto au sud du parc de Nebrodi, un des plus beaux de Sicile. La S120 longe le parc dans des paysages magnifiques. La route serpente jusqu'au village de Troina, qui offre un panorama exceptionnel, pour autant qu'on se donne la peine de monter jusqu'au belvédère de l'église. La montée dans les ruelles est velue mais en haut, en principe, il y a de la place. L'Etna, en fond d'écran, ne nous quittera pas de la journée. Le point de vue est un peu différent et sous cet angle, on distinguait mieux les fumerolles et le panache de fumée.
Les paysages de cette région sont à la fois plus doux mais plus rudes. Peu de cultures, essentiellement de l'élevage bovin et ovin et les villages sont tous, sans exception, perchés sur des pitons rocheux ou des collines élevées.
Nicosia est une ville impressionnante. Dans sa période normande, elle était une des mieux fortifiées de Sicile et a donc été édifiée dans un espace restreint. L'impression qui domine, c'est un empilement quasi anarchique de maisons et un enchevêtrement insensé de ruelles, avec cerise sur le gâteau une politique de sens uniques absolument démente. Au point que tous les guides le signalent.
Plus loin sur la S121, à la sortie d'Agira on a l'impression de pénétrer dans un tableau de peintre : lac de Pozillo aux couleurs profondes en premier plan et Etna enneigé en arrière plan, sur lequel le soleil créer des irisations étonnantes tandis que le vent déroule un long ruban de fumerolles grises.
Enfin, entre Adrano et Bronte, les collines sont recouvertes de pistachiers, qui assurent pratiquement toute la production de l'île. Ce sont des petits arbustes curieux, aux branches emmêlées et retombantes, qui commençaient juste à être en végétation lors de notre voyage.


 

ETAPE 4 : RANDAZZO - MODICA (240 KMS)

Randazzo
 
 
Paterno SS284
Piazza Armerina SP24, SS288
Caltagirone SS117B, SS124
Monterosso Almo SS124, SS194
Modica SS194, SP59
   

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Nous quittons Randazzo par la route de Bronte, pour une étape de liaison-balade qui doit nous amener à Modica, au sud d' l'île, à quelques encablures de Siracusa. La vue sur l'Etna est encore différente : on distingue nettement la partie centrale du volcan, qui continue à cracher des vapeurs abondantes.
En vue de Piazza Amerina, les routes sont bordées de plantations de figuiers de barbarie. Moi qui pensais que l'espèce était exclusivement sauvage, je suis étonné de voir ces alignements impeccables de figuiers. Nous apprendrons qu'on en fait une liqueur délicieuse.
En passant au pied de Piazza Amerina, on peut admirer la somptueuse cathédrale qui domine la ville.
Nous décidons de faire une halte à Caltagirone, capitale de la céramique sicilienne. Une ville magnifique à l'architecture baroque et aux dômes recouverts de tuiles vernissées. En franchissant le pont Saint-François, on peut admirer les très beaux décors de céramique mais le clou de la ville, c'est l'escalier monumental de Santa Maria Del Monte. Chacune des 140 marches, faite en lave est décorée d'une série de carreaux en céramiques polychromes aux motifs uniques. En bas de l'escalier, à droite, un excellent petit restaurant : la Scala, dans lequel on sert de délicieux plats de pasta, d'espadon et d'aubergines au parmesan. En général, si les hébergements ne sont pas donnés en Sicile, les restaurants en revanche, pratiquent des prix très raisonnables. A condition de ne pas être dans les grands sites touristiques.
La route qui mène à Modica, enfin la mienne qui fait un gros détour par le centre de la Sicile, traverse des régions calcaires plus arides. Les effets de l'exode rural sont visibles : maisons abandonnées, cultures en terrasse qui disparaissent sous la végétation...
Modica, notre ville étape pour trois nouvelles soirées est une des plus belles villes de la province et une des plus attachantes. Edifiée curieusement sur les lits de deux anciennes rivières qui avaient creusé des vallées profondes, elle s'organise horizontalement de part et d'autre du Corso Umberto I et verticalement, comme toujours en Sicile, entre la ville haute et la ville basse. Je recommande vivement l'Albergo Tetti di Siciliano, via Cannata 24, un petit hôtel charmant, qui propose des chambres avec des vues superbes sur la ville. La patronne, Roselina, parle le français et est vraiment adorable. En plus, il y a un garage pour les motos.
A Modica, il faut prendre le temps de visiter l'église San Giorgo, un chef d'oeuvre du baroque sicilien et la cathédrale San Pietro, avec sa façade de calcaire ocre et son parvis avec les apôtres grandeur nature.
Quelques bonnes adresses de restaurants : le Borgo Antico - Via Pozzo Barone pour déguster des spécialités de "pesce" et d'exceptionnels antipasti. Le Fattoria delle Torri, le meilleur restaurants de la région d'après Roselina et également l'Osteria del Sapori Perduti
au 228 Corso Umberto 1, un restaurant de spécialités spécifiquement siciliennes où même les menus sont rédigés en sicilien, ce qui n'a pas grand chose à voir avec l'italien, croyez moi. Dans ce dernier restaurant, il faut obligatoirement réserver (tél. 0932 944247).
La ville est également réputée pour son chocolat et son festival artistique et cinématographique, qui se terminait pendant notre séjour et qui nous a permis d'assister à un concert de rue donné par un groupe traditionnel, qui interprétait des mélopées siciliennes aux accents grecs, arabes et italiens.


 

ETAPE 5 : SYRACUSE  (180 KMS)

Modica
 
 
Spica E45
Syracuse E45, A18
Avola A18, E45
Pozzallo SP6
Cava D'Aliga SP66, SP65
Modica SP64, SP94
   

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Comme tous les matins depuis notre arrivée sur l'île le temps est radieux et on nous annonce encore du soleil sur Modica. Au diable donc les pantalons de pluie et autres accessoires faits pour les pays où il pleut. Le Lonely Planet n'affirme-t-il pas que la Sicile est perpétuellement ensoleillée ? Grave erreur : la météo de Modica, ça n'est pas la météo de Syracuse et à mi-chemin, nous prenons le ciel sur la tête. Ca ne durera que la matinée mais c'est bien humides que nous rallions Orthygie, le coeur historique de Syracuse. A mon retour en France, il ne faudra pas que j'oublie de faire un procès au Lonely ;-))
On peut directement se rendre à Orthygie. On franchit le Ponte Nuovo et tout de suite à droite, on peut stationner sans problème dans un joli petit port bordé de pallazi qui rappellent Venise.
La pluie qui tombe maintenant nous pousse, casques sur la tête, vers la piazza del Duomo où se dresse la plus belle église de Syracuse et peut-être de Sicile, après celle de Palerme. Construite sur les ruines d'un temple grec dans le style normand puis reconstruite à l'époque baroque après le tremblement de terre de 1693, les architectes ont utilisé la technique du remploi, en conservant les monumentales colonnes doriques, encastrées dans les murs extérieurs et intérieurs. La grande façade à colonnes est exceptionnelle tandis que l'intérieur est décoré de marbres de toutes les couleurs et de magnifiques portes en fer forgé.
Le temps de déguster un assortiment d'antipasti et una peneta al salmone dans la pizzeria "Minerva" qui fait face à la cathédrale, et le soleil était de retour, nous invitant à flâner dans les ruelles étroites de Syracuse. En quittant Orthygie, on traverse obligatoirement la Piazza Archimède, bordée d'anciens palais et ornée d'une fontaine monumentale qui représente Artémis, déesse de la chasse, entourée de sirènes. Archimède est né à Syracuse et on raconte qu'ayant trouvé la solution au problème qui devait donner naissance à son fameux "principe", il serait sorti nu sur la place en criant "Euréka, euréka", qui signifie en grec "J'ai trouvé !".

Le second centre d'intérêt de Syracuse est sans nul doute le "parc archéologique de Neapolis". C'est d'ailleurs le site le plus visité de Syracuse. On commence par évoluer tranquillement dans un jardin d'orangers et d'oliviers aménagé dans les anciennes carrières des théâtres grecs et romains pour se diriger au choix vers les carrières ou les théâtres.
La curiosité des carrières, c'est l'Orecchio di Dionisio (l'oreille de Denys), une grotte profonde ainsi surnommée par Caravage en raison de son acoustique qui renvoyait les paroles des prisonniers qui y étaient maintenus.
Le théâtre grec est très beau. Eschyle, Sophocle et Euripide y montèrent des spectacles mais les conquérants romains le transformèrent en... arènes.
L'amphithéâtre romain quant à lui, est pratiquement aussi vaste que celui de Rome et était utilisé pour des combats de gladiateurs


 

ETAPE 6 : AGRIGENTE - VALLEE DES TEMPLES  (300 KMS)

Modica
 
 
Gela E45
Vallée des temples E931, SS115, E931
Gela E931, SS115, E931
Modica E45
   

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Unique objectif : la vallée des temples d'Agrigente. En arrivant de Gela par la route de la côte, entre mer et ville, se dresse une longue crête injustement surnommée "vallée" et sur laquelle se succèdent une série de monuments doriques exceptionnels, en particulier le temple de la Concorde, le seul à avoir été épargné par le temps et les tremblements de terre. Mais il est vrai qu'il a connu une restauration et une consolidation au 18e siècle, ce qui a permis de le conserver pratiquement intact jusqu'à nos jours. C'est incontestablement le plus beau monument grec de Sicile et certains affirment même que la Grèce ne peut guère rivaliser.
Le temple d'Héraclès est le plus ancien de la "vallée" et c'est le seul dans lequel on peut circuler librement. Le temple de Zeus, situé à l'extrémité et au point culminant de la crête est la réplique du temple de la Concorde, mais il n'a jamais été terminé en raison d'un tremblement de terre pendant sa construction.
Contrairement à ce que nous avions lu, le site n'était pas bondé de monde mais il est vrai qu'en avril, la Sicile non plus, n'est guère fréquentée.
Depuis cette vallée des temples, on a une très belle vue sur la mer d'un côté mais hélas, beaucoup moins romantique côté Agrigente, défigurée par les tours et le béton, qui semblent avoir poussé de manière anarchique. Il faut dire qu'à Agrigente, les constructions illégales constituent le passe-temps favori de la mafia. Rien que pour l'année 2000, c'est plus de 4500 maisons non autorisées qui ont été construites en Sicile. Des permis de construire avaient même été accordés à des complexes hôteliers dans la vallée des temples, ce qui provoqua une levée de boucliers et aboutit au classement de la vallée au patrimoine mondial de l'Unesco. C'est sûr qu'un hôtel Ibis à côté du temple de la Concorde, ça aurait fait désordre...
A noter que le gouvernement italien a pris la mesure du problème, ordonnant la démolition de centaines de constructions illicites.


 


 


 

ETAPE 7 :  MODICA - CALTANISSETTA  ( 150 KMS)

Modica
 
 
Caltagirone E45, SS514, SS683, SP34
Caltanissetta SS124, SS117B, SP15, SP42, SS191
   

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J'avais prévu une étape de liaison-balade de 300 kms dans la mesure où la distance qui sépare Modica de Caltanissetta n'est pas très importante. Mais le hasard et la nécessité avaient décidé ce jour-là qu'il en serait autrement. Au moment de partir, je décide de changer le Roadbook. Je sais que Caltanissetta est une ville compliquée et que le gîte sera difficile à trouver. Il me semble donc judicieux de filer directement à l'étape, de reconnaître les lieux et si possible de déposer nos bagages au B&B Ladroni, avant de faire une boucle dans l'arrière-pays.
Soucieux de ne pas rencontrer de problèmes techniques ou mécaniques pendant ce voyage, j'effectue assez souvent les contrôles habituels de base et faisant joujou avec mon nouveau gadget permettant d'avoir la pression des pneus en roulant, je m'aperçois que l'arrière a perdu 200 grammes depuis la veille mais bon, comme ça semble stable, j'attends d'être arrivé à Caltanissetta pour inspecter le boudin. Hélas, le RDC teuton avait raison : un magnifique clou sicilien avait pénétré sauvagement mon Pilot Road 2 tout neuf !
Dilemme : faut-il réparer tout de suite par l'extérieur ou trouver le bouclard qui pourra me faire ça proprement par l'intérieur ? Je titille le clou et je comprends que si je le retire, je me retrouve illico à plat :-((
Je décide donc de chercher à faire réparer tant que j'ai encore de la pression.
Premier réflexe : demander aux passants s'ils connaissent un garage de pneumatiques. En baragouinant l'italien, l'anglais, le français et le langage des mains, j'apprends que ça existe et que ça se trouverait plutôt dans la partie basse de la ville mais que rien ici, n'ouvre avant 15:30, 16:00.
Second réflexe : interroger la base de données du Zumo. Y'a bien une liste de garages automobiles mais rien de clairement identifié "pneumatiques". Au hasard, je lance une recherche full text sur "BMW" !  ;-)) et là, le machin me trouve une société GipiCar (Bmw). A défaut d'autres indications précises, je décide de m'y rendre mais sans grande conviction. Il doit y avoir en Sicile une concession à Palerme et une autre à Messine. Ca serait bien étonnant qu'il y ait également un concessionnaire BMW moto à Caltanissetta. D'ailleurs en cours de route, convaincu que ça ne sert à rien, j'avise un motard en Transalp et je lui explique mon problème. BMW, ça ne lui dit rien. En revanche, il me propose gentiment de m'accompagner dans un bouclard de sa connaissance qui doit pouvoir me dépanner. Je vous dis pas, la conduite dans Caltanissetta à 13:00 dans des rues hyper encombrées et des gus garés dans tous les sens. Bref, on arrive devant un garage de 10 m² et on finit, après un certain temps quand même, par dégoter le mécano qui avait attaqué sa sieste. Son matos est ancestral. Y fait ça au pied de biche et je commence à craindre pour ma brêle. Le gars avise quand même la moto et quand il comprend que pour démonter la roue arrière, il faut dégager le pot et utiliser des clés à la con, il se déclare incompétent, nous orientant vers un confrère.
Et nous voilà repartis à 100 à l'heure dans les embouteillages pour découvrir dans une ruelle un magasin fermé mais manifestement spécialisé dans la chaussette... de camion. Arghhh ! mais bon, après tout, la seule différence entre une mèche pour mon PR et une mèche pour un semi-remorque, c'est le diamètre. La technique est la même.
Le transalpiste, toujours aussi sympa et serviable me fait comprendre que l'atelier n'ouvrira qu'à 15:30 et me propose en attendant de me guider vers un endroit où nous pourrons déjeuner. Je décline l'invitation et je le remercie chaleureusement pour sa gentillesse, préférant ne pas trop m'éloigner dans cette ville qui m'apparaît labyrinthique.
Nous voilà donc seuls en train d'attendre devant le bouclard mais comme les émotions, ça creuse, je pose un Waypoint et je me mets en quête d'un restau ou d'un bar à panini. Comme je n'ai pas oublié ce GipiCar (Bmw) du Zumo, par acquis de conscience, je demande au bousin de m'y conduire et là, surprise : je découvre une concession BMW auto-moto tout ce qu'il y a de plus classique. Elle est même ouverte et je demande si on peut me dépanner. Oui mais pas avant 15:30, comme partout ailleurs. Me voilà rassuré :au moins là, ils auront les outils qui vont bien et ça ne devrait prendre qu'une petite demi heure. La journée ne serait donc pas compromise.
Mais c'était sans compter qu'en Sicile, le temps s'écoule à un autre rythme. A 15:30, je suis devant la concession. On s'occupe de moi illico presto. Tout "va bene". Ce que je n'avais pas vu, c'est un mécano embarquant une roue arrière de 1200 RT dans sa fourgonnette et quittant la concession. A 16:30, je montre mon nez à l'atelier et le chef me fait comprendre qu'il y en a encore pour 20 minutes. La galvanistaion à l'italienne, ça doit être spécial, mais bon... A 17:30, ne voyant toujours rien venir, je tente à nouveau ma chance et un mécano finit par m'expliquer qu'en fait, eux, ne sont pas équipés pour réparer les pneus et que pour les voitures ou pour les motos, ils font appel à un sous-traitant qui se trouve dans un bled à une dizaine de kilomètres. Arghhhh !
Bref, à l'heure de la fermeture, je vois quand même arriver ma roue.
Il ne me restait plus qu'à payer la facture mais si je disais, qu'entre les coups de bigo, les discussions entre collègues, la récupération des petits n'enfants des mécanos sortant de l'école, il m'avait fallu attendre encore 20 minutes, on ne me croirait pas. Et pourtant...  ;-)
Ceci dit, tout est relatif et au fond, sans faire de philosophie de comptoirs, je me demande si finalement, c'est pas eux, les siciliens qui ont raison ?  ;-))
Il ne nous restait plus qu'à trouver notre hébergement, à l'extérieur de la ville, dans un coin calme et chez des hôtes charmants : le B&B Ladroni, que je recommande vivement.
Caltanissetta n'est pas une ville touristique. C'est une cité laborieuse, qui entre les exactions de la mafia et la fermeture des mines de soufre qui la faisaient vivre, n'a pas eu de chance.  En revanche, par sa position centrale, elle occupe une place privilégiée au niveau des transports et c'est un peu ce qui m'avait décidé à la choisir comme étape, mon projet étant de "jardiner" dans le centre de l'île et de pousser jusqu'à la côte ouest de la "Sicile Africaine".
Ceci dit, on trouve à Caltanissetta tout ce qu'il faut pour être heureux : des restaus excellents, comme cette Pizzeria Al Teatrino ou le Vicolo Duomo où l'on peut déguster des plats fabuleux jusqu'à des heures avancées de la nuit. Je recommande particulièrement la spécialité locale "l'involute Antico", une brochette composée de tranches de veau enroulées en paupiettes contenant un mélange subtil de chapelure, parmesan, pignons, raisins, jambon, épices très finement hâchées, le tout grillé et servi sur un lit de mesclin et de chicorée rouge avec un filet d'huile d'olive. La grappa y est également excellente.


 

ETAPE 8 : CENTRE SICILE (260 KMS)

Caltanissetta
 
 
Mussomeli SP40, SP46, SP37, SP38, SP23
San Giovanni Gemini SP16, SS189, SP26
Santo Stefano SP24
Corleone SS118
Villafrati SS118, SP26
Marianopoli SP55B, SS189
Caltanissetta SP42
   

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Quand on parle de la région de Caltanissetta et de Mussomeli, on pense spontanément à la Mafia. Un mot donc sur le sujet. Il faut être très clair : le touriste n'a rigoureusement rien à craindre. Les bandits siciliens détroussant les voyageurs au coin d'un bois, c'est une légende. Qu'on se sente en insécurité dans certains quartiers je veux bien le croire mais ça tient comme chez nous davantage à une délinquance "ordinaire" des banlieues qu'au "crime organisé".
Ca ne veut pas dire pour autant que la mafia en tant que telle est une légende. Elle existe bel et bien et des inscriptions explicites dans les rues et sur les routes, le rappellent clairement, sans compter les médias qui relaient les opérations de police contre les réseaux, en particulier de drogue. En fait, le terrain occupé par la mafia est principalement celui de l'immobilier et des affaires, une délinquance en col blanc avec des méthodes musclées, en quelque sorte. Il semble en plus qu'elle soit beaucoup plus active à Naples qu'en Sicile.
J'ai trouvé que cette région située au nord-ouest de Caltanissetta était une des plus belles de la Sicile. Sauvage, aride et montagneuse, elle offre de très beaux paysages. A mon avis, l'itinéraire idéal part de Caltanissetta, passe au pied de l'impressionnant château Manfredonico, traverse Mussomeli, se poursuit à travers les montagnes jusqu'à Corleone avant de revenir vers Caltanissetta un peu avant Palerme.
Mussomeli est une ville pauvre qui n'a pas connu le même essor économique que les autres parties de l'île. Pendant des siècles, cette région est restée dominée par les "latifundia" , immenses domaines fonciers sur lesquels travaillaient des paysans pauvres. On a l'impression que peu de choses ont changé. Les petits villages se meurent, l'exode est considérable, aucun ou très peu de visiteurs viennent faire travailler l'industrie touristique au demeurant très rudimentaire. Et pourtant, cette région de Sicile a des atouts et du charme.

En quittant Mussomeli, on attaque le col du Mont Cammarata par une route qui serpente dans les forêts de mélèzes et d'eucalyptus. Les odeurs sont puissantes. Dans les premiers kilomètres de l'ascension, dans un virage à droite, un restaurant ouvrier propose des menus copieux et excellents pour pas cher.
Corléone est célèbre grâce au "Parrain" de Francis Ford Copola. C'est une ville pauvre et sans grand intérêt à l'exception de l'imposante église "Madre" et des quelques bars dédiés aux grandes figures du film de Coppola.
La route se poursuit vers Palerme, à travers le Parc "Bosco della Ficuzza", verdoyant et bucolique. Attention toutefois aux animaux errants. Plutôt des vaches...
Le retour à Caltanissetta se fait par la départementale qui relie Palerme à Agrigente, que nous quittons toutefois à hauteur de Vicari pour le col de Scavo.


 

 


 

ETAPE 9 :  OUEST SICILE : SICILE "AFRICAINE" (450 KMS)

Caltanissetta
 
 
Palerme SS640, A19
Scopello A29, SS187, SP63
San Vito lo Capo SP63, SS187, SP16
Palerme SP16, SS187, A29
Caltanissetta A19, SS640
   

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Une Sicile encore différente : plus rude encore, plus austère, avec des reliefs calcaires montagneux arides, mais pour contraster, une côte extraordinairement belle, sauvage, avec des criques de rêve. Je me suis baigné au pied de la réserve naturelle du Zingaro, dans une crique paradisiaque entre Castellammare Del Golfo et Scopello. Ce qui a le don de réveiller en moi un vieux désir de plongée sous-marine mais bon, comment faire, quand les soutes de la RT sont déjà occupées par les tenues de soirée de Madame  ;-)
On parle de Sicile "Africaine" (on est en face de Tunis) parce qu'on retrouve des points communs avec l'Afrique du Nord : petits ports, villages aux maisons blanches, terrasses...
On nous avait vanté le Couscous de San Vito lo Capo, l'arrêt était donc obligatoire !  ;-) sauf qu'en se précipitant dans le premier restau venu, on ne tombe pas forcément bien. Un couscous au poisson et aux fruits de mer sans poissons ni fruits de mer, ça l'fait pas. C'est pas qu'il n'était pas bon mais plutôt déconcertant : bol de couscous mélangé avec une purée de poisson... C'est toujours pareil : faudrait éviter les pièges à touristes. En plus, comme j'avais demandé un p'tit Vino Rosso de la casa pour accompagner, le gus m'a apporté un vin à... 16,5 degrés. Reste que le couscous de San Vito lo Capo est une célébrité mondiale puisque se déroule tous les ans une fête internationale qui lui est consacré, avec concours, remise de prix etc.
Pour dissiper les vapeurs d'alcool, on peut toujours aller prendre le frais dans l'étonnante église forteresse de San Vito, une église du 13e siècle intacte à l'extérieur mais rénovée et moderne à l'intérieur avec une crypte intéressante et un panneau monumental représentant la crucifixion, avec des personnages aux visages particulièrement expressifs, pour ne pas dire... expressionnistes.
En raison de la distance nous séparant de notre hébergement, le retour se fera par l'autoroute.


 

 

OU MANGER ?  OU DORMIR ?

Meyzieu (Lyon) Hôtel Formule 1 - Avenue des Pays-Bas, à côté du Madgo
Tél :
0891705283

Un excellent restaurant à Décines : Le Relais Léa
210, avenue Jean Jaurès
Tél : 0472938369
   
Pignone
   (près de Gênes)
B&B - Site web : http://www.cignoligustico.it
   
Cervino
   (près de Caserta)
Hôtel Guardanapoli - Via Provinciale Forchia-Durazzano
Tél :
+390823954004
   
San Giovanni In Fiore
   (Calabre)
Hôtel New Dino's - Viale Della Republica, 248
Tél :
+390984992090
   
Randazzo Hôtel Scrivano - Via Bonaventure 2 - Randazzo
Tél :
+39095921126

Site web : http://www.hotelscrivano.com/
   
Modica Albergo Tetti di Siciliano, Via Cannata 24 - Modica Alta
Tél :
0932.94.28.43
Site web : http://www.siciliando.it
   
Modica Restaurant Borgo Antico - Via Pozzo Barone
   
Modica Restaurant l'Osteria del Sapori Perduti au 228 Corso Umberto 1
Réservation au :
0932 944247
   
Caltagirone Restaurant "La Scala". Au pied de l'escalier monumental
   
Caltanissetta B&B Ladroni - Contrada Serra dei Ladroni - SS640 CL/AG
Sortie CL/SUD SP123
Caltanissetta
Tél : +390934568688
   
Caltanissetta Restaurant Vicolo Duomo - Piazza Garibaldi
   
Caltanissetta Pizzeria Al Teatrino - Via Berengario Gaetani, 21-23
   
Ceprano
   (entre Naples et Rome)
Borgo Antico - Via Campidoglio, 266
Tél. : +390775912977
Site web : http://www.hotelborgoantico.it/
   
Saint-Jean-de-Maurienne DorHôtel - Rue Luis Sibue
Tél. : 04.79.83.23.83